Dans le cadre du projet de renforcement du système de santé local « Notre Santé », financé par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), CJMAD Guinée a appuyé l’organisation de la deuxième réunion technique nationale de la plateforme multisectorielle des activités de santé communautaire, tenue du 22 au 23 août 2024 à N’Zérékoré. Organisée avec le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique (MSHP), par l’intermédiaire de la Direction nationale de la Santé communautaire et de la Médecine traditionnelle (DNSCMT), cette rencontre visait à améliorer la coordination et le suivi des interventions de santé communautaire sur le terrain.
Contexte
Après l’initiative des soins de santé primaires, la Guinée s’est engagée dans une stratégie de santé communautaire destinée à répondre aux besoins sanitaires des populations à la base. L’épidémie de maladie à virus Ebola a mis en évidence une utilisation encore insuffisante des services de santé à des fins préventives. Le gouvernement a alors élaboré une Stratégie nationale de santé communautaire, inscrite comme ligne directrice prioritaire du Plan national de développement sanitaire (PNDS) et adossée au Code révisé des collectivités, qui transfère une partie des compétences de l’État aux collectivités locales.
La mise en œuvre de cette stratégie mobilise de nombreux acteurs et partenaires techniques et financiers (PTF) aux côtés du MSHP. Elle exige des rencontres périodiques de coordination pour évaluer l’état d’avancement des activités, identifier les difficultés et proposer des solutions. C’est l’objet de la plateforme multisectorielle, dont la deuxième réunion s’est tenue dans la salle de conférence de l’Hôtel Résidence Béthanie de N’Zérékoré.
Déroulement de l'activité
La réunion a rassemblé 63 des 64 personnes invitées, dont 6 femmes, soit un taux de participation de 98 %.
La cérémonie d’ouverture, placée sous la présidence d’honneur du gouverneur de région représenté par son chef de cabinet, a été marquée par quatre interventions :
- le président de la délégation spéciale de la commune urbaine de N’Zérékoré, qui a souhaité la bienvenue aux participants et salué la décentralisation d’une telle rencontre jusqu’au niveau communautaire ;
- le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), chef de file des partenaires techniques et financiers, qui a rappelé que la santé communautaire est une priorité du MSHP dans la perspective de la couverture sanitaire universelle et a remercié les partenaires appuyant la santé communautaire, en particulier Santé Intégrée et USAID/Notre Santé pour le cofinancement de la plateforme ;
- le chef de cabinet du gouvernorat de N’Zérékoré, au nom du gouverneur de région, qui a présenté la rencontre comme le résultat d’une réforme issue d’un consensus entre communautés locales, organisations non gouvernementales (ONG), partenaires techniques et État ;
- la directrice nationale adjointe de la Santé communautaire et de la Médecine traditionnelle, représentant la secrétaire générale du MSHP, qui a déclaré les travaux ouverts.
La méthodologie a combiné présentations sur diaporama, communications orales, travaux de groupes, discussions en plénière et synthèses. L’agenda et les termes de référence ont été présentés après la cérémonie d’ouverture, suivis de la désignation du président de séance et des rapporteurs.
Les travaux ont porté sur trois volets :
1. L’évaluation de la feuille de route issue du forum national consultatif sur la santé communautaire tenu à Conakry. Sur les 22 recommandations formulées à court, moyen et long terme, 5 des 19 recommandations à court terme avaient été réalisées, soit un taux de réalisation de 26 %. 2. Le partage des rapports régionaux d’activités de santé communautaire pour Conakry, Labé, N’Zérékoré, Kindia, Kankan, Faranah, Boké et Mamou. 3. La présentation des rapports de programmes et projets : Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT), programme national de lutte contre le paludisme (sigle orthographié « PLNP » dans la source — voir section E), Programme élargi de vaccination (PEV), Santé Intégrée pour le projet BIRCH, projet Notre Santé, et SMSI pour le projet pilote de digitalisation des données de la santé communautaire.
Parmi les principales activités communautaires réalisées au cours des trois derniers mois dans les régions : visites à domicile et causeries éducatives ; réunions de coordination tenues par les centres de santé (CS) avec les agents de santé communautaire (ASC), les relais communautaires (RECO) et les comités de santé et d’hygiène (COSAH) ; prise en charge des cas simples de paludisme et référence des cas graves ; orientation des femmes enceintes vers les centres de santé pour la consultation prénatale (CPN) et la vaccination ; rattrapage actif des fiches en souffrance ; missions de supervision des ASC et RECO par les équipes des inspections régionales de la santé (IRS) et des directions préfectorales de la santé (DPS) ; dépistage de la malnutrition infantile par les RECO ; formation des ASC et agents du PEV sur le paquet intégré de santé communautaire ; orientation des cas de violences basées sur le genre (VBG) vers les structures sanitaires.
Les délégations spéciales des communes invitées ont ensuite partagé leurs expériences d’appui aux interventions de santé communautaire. Quatre groupes de travail ont été constitués pour dégager des recommandations prioritaires appelant une réponse locale :
- Groupe 1 : IRS, chargés de santé à base communautaire (SBC) régionaux, OCPH, OMS, DRATD, DNSCMT ;
- Groupe 2 : DPS, SBC, Organisation internationale pour les migrations (OIM) ;
- Groupe 3 : CRS, programmes, SNPS, Notre Santé, Plan International Guinée ;
- Groupe 4 : maires, DRATD, DGASSP, Santé Intégrée, BSD, DNSCMT.
Objectifs
L’activité visait à améliorer la coordination et le suivi des interventions de santé communautaire sur le terrain. Plus précisément, il s’agissait de :
- présenter le niveau de mise en œuvre de la feuille de route issue du forum national consultatif sur la santé communautaire ;
- présenter les rapports d’activités de santé communautaire par région ;
- faire le point sur les activités des programmes liés à la santé communautaire, les difficultés rencontrées et les solutions proposées ;
- présenter la situation de l’approvisionnement des relais communautaires en intrants ;
- partager les expériences des maires invités sur les mécanismes de pérennisation des activités de santé communautaire ;
- présenter le projet pilote de digitalisation des données de la santé communautaire ;
- présenter le projet pilote d’intégration des interventions de santé communautaire dans les plans de développement local (PDL) et les plans annuels d’investissement (PAI) des communes ;
- formuler des recommandations par niveau.
Résultats ou enseignements
Les débats en plénière ont mis en évidence plusieurs difficultés récurrentes : insuffisance de centres et postes de santé, de personnel soignant et d’équipements ; retard dans la signature des contrats des ASC et RECO en zone GAVI ; insuffisance de motos de supervision ; faible détection des cas suspects de tuberculose par les RECO ; insuffisance d’enregistrement des nouveau-nés à l’état civil ; démissions d’ASC et de RECO liées au retard de paiement des primes, à l’influence des activités minières dans certaines localités et au non-respect des critères de sélection ; vétusté des infrastructures et des engins roulants.
L’enseignement principal retenu est qu’une bonne coordination des interventions communautaires, associée à l’implication des responsables locaux à toutes les étapes, favorise l’atteinte des objectifs. Les échanges ont notamment souligné le rôle des élus locaux et des leaders religieux, chrétiens et musulmans, dans la gestion des cas de réticence lors des campagnes de vaccination.
Les recommandations formulées pour la période précédant la prochaine réunion de la plateforme portent sur : la tenue de réunions en présentiel et en ligne ; la signature diligente de la décision de mise en place du comité de suivi de la feuille de route ; l’organisation de réunions périodiques de suivi ; la dotation des chargés SBC régionaux en moyens logistiques et informatiques ; l’intégration des RECO mobilisés contre la tuberculose dans la liste des RECO de santé communautaire ; la dotation des RECO et ASC en outils de collecte et de rapportage ; la prise en compte, dans le canevas de présentation régionale, des activités menées par les COSAH, GAC, organisations communautaires de base (OCB) et organisations de la société civile (OSC) ; la dotation en motos des ASC de Dinguiraye, Labé et Macenta ; la mise en place et la formation d’un pool de formateurs régional et préfectoral pour les élus locaux ; la transmission au ministre de la Santé et de l’Hygiène publique d’une note technique sur le retard de paiement des primes des RECO et ASC et sur l’insuffisance de dotation en motos en zone GAVI ; le renforcement de la supervision formative des ASC et RECO ; l’approvisionnement régulier et suffisant des RECO en intrants par les comités de gestion des centres de santé.
Conclusion
Cette deuxième réunion de la plateforme multisectorielle confirme le positionnement de CJMAD Guinée comme partenaire opérationnel du MSHP dans la mise en œuvre de la Stratégie nationale de santé communautaire. Les recommandations adoptées, en particulier la mise en place effective du comité de suivi de la feuille de route et le renforcement de la supervision formative des agents et relais communautaires, constituent la feuille de route de la période à venir. Elles rejoignent directement le domaine d’intervention « Santé communautaire » de CJMAD.

